Une étude mondiale révèle des opinions surprenantes chez les jeunes hommes
Voici un chiffre qui mérite vraiment qu'on s'y attarde : dans une vaste enquête internationale, plus de 30 % des jeunes hommes ont déclaré qu'une femme devait obéir à son mari. Les baby-boomers, eux, affichent des positions bien moins conservatrices.
Les hommes de la Gen Z, nés entre 1996 et 2012, adhèrent bien plus fréquemment à des conceptions traditionnelles du pouvoir et de la prise de décision au sein du mariage que les hommes des générations précédentes. Ce constat contredit directement l'idée reçue selon laquelle les jeunes penseraient naturellement de façon plus progressiste en matière d'égalité entre les sexes.
Ce que dit l'enquête
Cette étude, menée à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, a interrogé 23 000 personnes dans 29 pays, dont les Pays-Bas, les États-Unis, le Brésil, l'Australie et l'Inde. Résultat : 31 % des hommes Gen Z estiment qu'une femme doit toujours obéir à son mari, et un tiers d'entre eux considère que c'est à l'homme d'avoir le dernier mot lors des grandes décisions familiales.
Comparez cela aux baby-boomers, souvent moqués pour leurs idées jugées dépassées. Seulement 13 % d'entre eux soutiennent l'idée qu'une femme doit obéir à son mari, et 17 % pensent que l'homme doit avoir le dernier mot. Un écart saisissant avec leurs cadets.
Du côté des femmes, ces opinions sont naturellement moins répandues, mais les chiffres restent frappants. 18 % des femmes Gen Z estiment qu'une femme doit toujours obéir à son mari, contre seulement 6 % chez les femmes baby-boomers, nées entre 1946 et 1964. Fait notable : les femmes plus âgées s'avèrent donc plus progressistes que les jeunes femmes de la Gen Z.
Des opinions contradictoires chez les hommes Gen Z
Les jeunes hommes nourrissent d'autres attentes traditionnelles quant au comportement féminin. Ainsi, 24 % d'entre eux estiment qu'une femme ne devrait pas paraître trop indépendante ou trop autonome. Ce chiffre tombe à 12 % chez les hommes baby-boomers, soit deux fois moins. Chez les femmes, le soutien à cette position est plus faible : 15 % chez la Gen Z et 9 % chez les baby-boomers.
Les différences sont tout aussi marquées sur le plan de la sexualité. Quelque 21 % des hommes Gen Z pensent qu'une "vraie femme" ne devrait jamais prendre l'initiative d'un rapport sexuel. Ce taux chute à seulement 7 % chez les baby-boomers.
Paradoxalement, ces mêmes jeunes hommes déclarent en grande majorité que les hommes en font déjà trop pour l'égalité des genres. Près de six hommes Gen Z sur dix estiment que trop d'efforts sont attendus d'eux dans ce domaine.
Et pourtant, malgré leurs idées relativement conservatrices sur l'indépendance féminine, les hommes Gen Z sont aussi les plus enclins à affirmer que les femmes qui réussissent sont plus séduisantes. 41 % d'entre eux déclarent que les hommes trouvent les femmes ayant une carrière accomplie plus attirantes, contre seulement 27 % chez les baby-boomers, hommes et femmes confondus.
Des normes traditionnelles qui s'appliquent aussi aux hommes eux-mêmes
Les conceptions traditionnelles des jeunes hommes ne concernent pas uniquement les femmes — elles les englobent eux-mêmes. 30 % des hommes Gen Z estiment qu'un homme ne devrait pas dire à ses amis qu'il les aime, alors que ce chiffre est de 20 % chez les baby-boomers, une différence notable.
Les normes autour de la masculinité restent elles aussi bien présentes. 43 % des hommes Gen Z pensent que les jeunes hommes doivent être physiquement forts, même s'ils ne sont pas naturellement grands ou musclés. De plus, 21 % estiment que les hommes qui s'occupent activement de leurs enfants sont moins virils que ceux qui ne le font pas — contre seulement 8 % chez les baby-boomers.
Ce que les individus croient versus ce que la société attend
L'enquête met en lumière un écart fascinant entre convictions personnelles et perceptions des normes sociales. Seulement 17 % des répondants pensent personnellement que les femmes doivent assumer la majorité des tâches domestiques et de la garde des enfants. Moins d'un quart estime que le rôle principal de l'homme est de subvenir aux besoins financiers du foyer.
Pourtant, beaucoup supposent que ces attentes traditionnelles restent très répandues dans leur pays. Environ quatre hommes sur dix pensent que la société attend d'eux qu'ils soient le soutien de famille, et que les femmes s'occupent des enfants. À l'échelle mondiale, 31 % des personnes interrogées affirment que dans leur pays, les gens croient que l'homme doit avoir le dernier mot au sein de la famille, alors que seulement 21 % partagent personnellement ce point de vue.
Que révèlent ces données pour la France et l'Europe ?
Il convient de garder à l'esprit que l'enquête couvre 29 pays aux profils très différents, incluant des pays à forte tradition patriarcale comme l'Inde ou la Colombie. Ces disparités culturelles peuvent influencer les moyennes globales.
Les chercheurs eux-mêmes semblent déconcertés par leurs propres résultats. "Il est très préoccupant que les normes de genre traditionnelles persistent encore aujourd'hui — et plus inquiétant encore que de nombreuses personnes semblent subir la pression d'attentes sociales qui ne correspondent pas à ce que la plupart d'entre nous croient réellement", souligne le professeur Heejung Chung de la King's Business School.
Ce décalage entre ce que l'on pense individuellement et ce que l'on croit que la société attend révèle une tension profonde — et peut-être une opportunité de changer le récit collectif sur les rôles de genre.













