Une avancée majeure pour la recherche sur les tiques
Des chercheurs australiens ont mis au point un système inédit permettant aux tiques de se reproduire en laboratoire sans avoir besoin d'un animal vivant comme hôte.
À l'échelle mondiale, les tiques figurent parmi les principaux vecteurs de maladies infectieuses. Ces parasites sont capables de transmettre virus, bactéries et parasites aussi bien aux animaux qu'aux êtres humains. Mener des recherches approfondies sur ces arachnides est donc essentiel — mais jusqu'à présent, cela impliquait inévitablement de recourir à des animaux vivants, causant ainsi une souffrance considérable.
Le problème de la dépendance aux animaux hôtes
Des chercheurs de l'Université de Melbourne ont développé un dispositif révolutionnaire permettant à une tique de survivre en laboratoire sans aucun hôte animal. Les résultats de cette étude ont été publiés dans The Veterinary Journal.
L'espèce ciblée est la tique asiatique à pattes longues (Haemaphysalis longicornis), très répandue en Australie. Elle est responsable de dommages économiques importants, car elle constitue le principal vecteur du parasite Theileria orientalis, qui réduit considérablement la productivité des bovins.
Par ailleurs, des preuves de plus en plus nombreuses suggèrent que les piqûres de cette tique pourraient provoquer une allergie à la viande rouge chez certaines personnes. Cette réaction serait vraisemblablement déclenchée par une substance présente dans la salive des tiques.
Un système artificiel qui imite un vrai hôte
Le membre de l'équipe Ard Nijhof l'explique clairement : « Jusqu'à présent, la recherche sur les tiques dépendait souvent d'animaux vivants. C'est non seulement intensif en main-d'œuvre, coûteux et éthiquement problématique, mais cela introduit aussi une grande variabilité dans les résultats. » En effet, tous les animaux ne réagissent pas de la même façon à une piqûre de tique. Nijhof précise : « En plus du système immunitaire de l'animal, le comportement influence fortement la quantité de sang absorbée par la tique. » Cette variabilité compromet la fiabilité scientifique des données obtenues.
Comment fonctionne ce dispositif innovant ?
Le nouveau système repose sur une fine membrane en silicone et du sang bovin dont une protéine de coagulation essentielle, la fibrine, a été retirée. Cet assemblage reproduit fidèlement les caractéristiques d'un hôte réel.
Trouver cette solution n'a pas été simple. La tique asiatique à pattes longues possède des pièces buccales particulièrement courtes et se déplace peu, ce qui rendait les dispositifs précédents inefficaces. Le chercheur Abdul Ghafar explique : « En ajustant minutieusement l'épaisseur de la membrane et les conditions nutritionnelles, nous avons finalement réussi à surmonter les contraintes physiques propres à cette espèce. »
Des bénéfices bien au-delà du laboratoire
Ce système ne se contente pas de nourrir les tiques : il leur permet également de se reproduire. C'est là toute sa valeur — il peut désormais remplacer intégralement le rôle d'un hôte vivant. La recherche sur les tiques devient ainsi non seulement plus respectueuse des animaux, mais aussi plus économique et plus simple à mettre en œuvre. Et surtout, les résultats obtenus gagnent en fiabilité.
Les retombées de cette innovation dépassent largement le cercle scientifique. En s'affranchissant des animaux de laboratoire, ce système accélère l'acquisition de connaissances et facilite le test de nouveaux antiparasitaires et vaccins. À terme, bovins comme humains pourraient bénéficier de vaccins plus efficaces, réduisant ainsi les risques de maladies liées aux tiques pour l'ensemble de la population.













