D'un HLM de banlieue à la chanson populaire française
Ce qui ressemble à une anecdote d'une autre époque continue pourtant de façonner la vie de Pierre Perret. À 91 ans, le chanteur se confie avec une rare franchise sur ses premières années aux portes de Paris — entre une cité HLM de Gennevilliers, des rêves de percée artistique et une mélodie qui allait tout changer.
De Gennevilliers au patrimoine chansonnier français
Avant que son nom ne s'inscrive durablement dans la culture française, Pierre Perret vivait avec sa femme Rebecca et leurs trois enfants — Anne, Alain et Julie — dans un appartement HLM de Gennevilliers, au nord de Paris. Un logement sans prétention, à mille lieues du glamour du show-business.
C'est dans ce cadre modeste, entouré de voisins, de bruits et des tracas du quotidien, qu'il composait de nouvelles chansons avec peu de moyens mais beaucoup de ténacité. Et c'est là, précisément, que naquit l'ébauche d'un titre dont il n'était lui-même pas convaincu au départ : « Les Jolies colonies de vacances ».
Dans un appartement sans éclat de Gennevilliers, une idée spontanée donna naissance à la chanson qui allait bouleverser toute la vie de Pierre Perret.
Le soir où Rebecca rentra du travail, il lui fit écouter timidement sa première esquisse. Elle en perçut immédiatement le potentiel et l'encouragea vivement à finaliser le morceau. Ce moment anodin, dans un appartement ordinaire d'une banlieue ordinaire, fut le véritable tournant.
Une chanson comme passeport vers une autre vie
En 1966, « Les Jolies colonies de vacances » sort et devient un succès retentissant. D'un seul coup, Perret accède à la notoriété nationale et, avec elle, à une sécurité financière inédite. Pour la famille, cela signifiait une seule chose : quitter le HLM et l'étroitesse de la vie en cité.
Ce succès ouvrit pour la première fois une vraie question de fond : comment la famille voulait-elle vraiment vivre ? Dans un autre immeuble locatif en périphérie, ou dans quelque chose de radicalement différent — avec un jardin, du calme, de l'espace pour respirer ?
- Avant : HLM à Gennevilliers, superficie réduite, circulation urbaine dense
- Après : maison de campagne en Seine-et-Marne, grands espaces, nature et intimité
- Déclencheur : les revenus générés par « Les Jolies colonies de vacances » à partir de 1966
Plutôt que de choisir un bel appartement en plein cœur de Paris, Perret opta pour une rupture radicale. Il chercha un endroit en dehors de la ville, assez grand pour accueillir sa famille, ses amis et sa musique.
La vieille ferme de Nangis : d'une grange à une villa familiale
C'est à Nangis, en Seine-et-Marne, à environ une heure et demie de Paris, qu'il trouva son bonheur. Il y acquit une grande ferme ancienne — une bâtisse solide mais dépouillée, davantage chantier que demeure de rêve au premier abord.
À partir d'une simple ruine agricole, Pierre Perret construisit patiemment un lieu où travail, vie de famille et retraite créative pouvaient coexister.
La ferme d'origine fut rénovée et agrandie en plusieurs étapes. Plutôt que de tout raser, Perret fit restaurer progressivement : toiture, murs d'enceinte, anciennes dépendances. Les anciens espaces agricoles se transformèrent en surfaces habitables, chambres d'amis et coins d'écriture.
Un domaine qui reflète une nouvelle existence
Au fil des années, la ferme prit l'allure d'un véritable domaine rural. Le chanteur investit non seulement dans le confort, mais aussi dans des espaces de convivialité. Une piscine chauffée, un court de tennis et une dépendance indépendante pour loger ou faire travailler des invités vinrent compléter l'ensemble.
Perret raconta avec son humour pince-sans-rire qu'il avait fait construire la piscine « pour que les autres puissent s'y jeter ». Derrière la boutade se cache une posture sincère : cet endroit était fait pour être partagé — avec la famille, les amis, les collègues de la scène musicale.
| Caractéristique | Gennevilliers | Nangis |
|---|---|---|
| Type de logement | Appartement HLM | Ferme rénovée / villa |
| Environnement | Urbain, circulation dense | Campagne, forêt, eau |
| Intimité | Nombreux voisins | Aucun voisin direct |
| Loisirs | Rues, cours intérieures | Piscine, tennis, jardin |
Assumer le succès sans complexe
Ce déménagement vers Nangis révèle aussi un trait de caractère : Perret refusait de s'excuser de sa réussite. Il expliqua ouvertement qu'il avait bâti sa carrière à force de travail acharné et qu'il estimait avoir mérité son niveau de vie.
Cachets de concert, droits sur les ventes de disques — des mécanismes tout à fait classiques dans le monde du spectacle. Sa position est claire : celui qui travaille, écrit des chansons, monte sur scène et réalise de gros chiffres de vente a le droit de vivre en conséquence. Non pas dans l'opulence, mais au terme d'un long chemin parcouru depuis des conditions difficiles jusqu'à un espace façonné selon ses propres choix.
Un refuge au cœur des bois, de l'eau et des souvenirs
Avec le temps, Nangis est devenu bien plus qu'une simple adresse. L'ancienne ferme s'est transformée en véritable ancre émotionnelle. Le chanteur y vit sans voisinage immédiat, entouré de forêts et d'un petit étang. Ce calme forme un contraste saisissant avec l'agitation des scènes et des tournées.
Entre forêt, étang et chemins silencieux, Pierre Perret trouve la distance nécessaire pour ordonner sa longue vie d'artiste — et continuer d'écrire.
Ce lieu prend encore plus de sens avec l'âge. Après la disparition de sa femme Rebecca — qui avait partagé non seulement les premières années difficiles au HLM, mais aussi la transformation de la ferme — Nangis demeure un espace chargé de mémoire. Il peut y renouer avec leurs décisions communes et poursuivre son travail créatif.
Écrire loin de la ville
Pour de nombreux artistes, la distance avec la grande ville est une condition essentielle à un travail productif. Chez Perret, c'est manifeste : les oiseaux migrateurs au-dessus de l'étang, l'odeur de la terre humide, une allée déserte — autant de moments propices à l'émergence des idées.
Il utilise ce domaine pour revisiter de vieilles histoires, affiner des textes ou simplement laisser remonter les souvenirs. L'environnement rural réduit les distractions. Paris et ses studios restent néanmoins accessibles lorsque de nouveaux projets se profilent.
Ce que cette trajectoire inspire aux artistes et aux fans d'aujourd'hui
Le chemin parcouru depuis le petit appartement de Gennevilliers jusqu'à la ferme de Nangis dépasse la simple nostalgie. Il illustre à quel point le lieu de vie influence la créativité et l'équilibre personnel. Les jeunes musiciens d'aujourd'hui se posent la même question : rester au plus près des scènes parisiennes, ou s'en éloigner un peu pour travailler dans la durée, avec de l'espace et du silence ?
Un scénario tout à fait réaliste : un groupe actuel vit dans un minuscule appartement parisien, investit son premier cachet conséquent dans une petite maison en périphérie, y installe un studio et ne fréquente la ville que ponctuellement. Le parcours de Perret offre un modèle précoce de cette démarche, bien avant que les notions de « workation » ou de « remote studio » ne deviennent des tendances à la mode.
Risques et opportunités d'un retrait à la campagne
S'installer à la campagne comporte toutefois quelques risques pour un artiste. L'éloignement des réseaux professionnels, moins de rencontres spontanées, moins de connexions fortuites — tout cela peut ralentir une carrière. Mais en contrepartie, la campagne offre un espace de concentration, de projets à long terme et un quotidien délesté du stress permanent.
- Opportunité : séparation nette entre le travail scénique et le temps de création (écriture, composition)
- Risque : visibilité réduite, moins de contacts directs avec l'industrie musicale
- Avantage : base de vie stable pour la famille et préservation de la santé sur le long terme
Le choix de Perret pour Nangis démontre comment transformer des succès dans le spectacle en un mode de vie ancré dans la réalité. Son ancien appartement de Gennevilliers reste un contrepoint discret : il rappelle combien les débuts d'une carrière artistique peuvent être fragiles, et combien tout peut parfois tenir à une seule chanson.













