Un coin d'Italie au cœur de Bordeaux
Dans une rue discrète, loin des circuits touristiques habituels, un Napolitain a décidé de prouver que les desserts italiens vont bien au-delà du énième tiramisu en verrière. Sa pâtisserie « Caterina » se veut une alternative radicale aux desserts italiens standardisés, avec des spécialités entièrement faites maison que beaucoup de clients découvrent pour la toute première fois en France.
Bordeaux s'est imposée depuis longtemps comme une ville gastronomique exigeante. Pourtant, côté desserts italiens, l'offre se répète avec une régularité déconcertante : tiramisu, panna cotta, peut-être une part de gâteau. C'est exactement ce qui a frappé Ciro, pâtissier originaire de Naples, dès son arrivée en France. Du tiramisu partout, et presque rien d'autre.
La pâtisserie « Caterina » entend révéler toute la richesse des douceurs italiennes, bien loin du cliché éternel du tiramisu.
C'est avec sa compagne Clémentine qu'il a ouvert « Caterina », présentée comme la première pâtisserie de Bordeaux entièrement consacrée aux desserts italiens. Pas de petits gâteaux français, pas de croissants hybrides, pas de brunch dominical. Uniquement de la pâtisserie italienne, intégralement réalisée sur place.
Le concept est limpide : ceux qui ne connaissent l'Italie qu'à travers les pâtes et la pizza doivent pouvoir découvrir, en une seule visite, la générosité insoupçonnée de sa tradition sucrée. Ciro résume sa démarche en ces termes : en France, on ne trouve souvent que du tiramisu — chez lui, on goûte ce qu'on mange vraiment en Italie.
L'accueil est enthousiasmant. En très peu de temps, « Caterina » a récolté sur Google une note moyenne quasi parfaite de 4,9 étoiles sur 5. Les avis saluent unanimement l'originalité des desserts et la différence flagrante avec les chaînes italiennes classiques.
Ce que la vitrine de « Caterina » a à offrir
Entrer dans la boutique, c'est quand même tomber en premier sur le tiramisu. Impossible de l'éviter totalement : ce dessert en couches reste un symbole fort de la cuisine italienne. Ciro le prépare dans sa version classique au café, mais propose immédiatement à côté une alternative surprenante : un tiramisu à la pistache et à la fleur d'oranger, bien plus floral et noisetteux que l'original.
Bien plus que du biscuit à la cuillère et du mascarpone
Mais c'est en dehors de ces couches familières que l'expérience devient vraiment captivante. Sur le comptoir s'alignent des viennoiseries et pâtisseries traditionnelles qui restent encore absentes dans de nombreuses villes françaises :
- Brioche alla pistacchio : une brioche levée d'une tendresse remarquable, généreusement garnie d'une crème de pistache dense et parfumée.
- Cannolo siciliano : tube de pâte croustillant, garni à la ricotta dans la pure tradition et sublimé ici par des pistaches de Sicile.
- Maritozzo : petit pain sucré romain, fourré chez Ciro à la crème de pistache ou de noisette, plutôt qu'à la simple chantilly.
- Zeppola citron-cerise : beignet frit ou cuit au four garni d'une crème fruitée, une pâtisserie festive typique du sud de l'Italie, traditionnellement servie lors d'occasions spéciales.
La machine à café, elle, tourne presque sans interruption. Le café est préparé à la napolitaine, dans une cafetière Moka, ce qui lui confère une puissance et une légère amertume que beaucoup de mélanges expresso français ne possèdent pas. L'offre se complète avec des thés glacés italiens, moins sucrés que la plupart des sodas et particulièrement bien accordés avec la richesse des pâtisseries.
Tout ce qui sort de « Caterina » est, selon ses fondateurs, réalisé à la main et « 100 % fait maison » — un positionnement clair dans une ville où la concurrence gastronomique ne cesse de s'intensifier.
Les clients peuvent déguster leurs desserts sur place ou les emporter. Cette double option séduit deux types de clientèle en même temps : ceux qui cherchent une pause café l'après-midi, et ceux qui veulent ramener quelque chose d'exceptionnel pour le dessert du soir.
Pourquoi Bordeaux était prête pour une pâtisserie italienne
Si une telle adresse peut s'épanouir à Bordeaux, ce n'est pas uniquement dû à son rayonnement touristique. La ville s'est transformée depuis plusieurs années en terrain fertile pour les concepts food innovants : vins nature, cafés de troisième vague, cuisines fusion — et désormais une pâtisserie entièrement dédiée à l'Italie.
Les Français connaissent bien la cuisine italienne et l'apprécient sincèrement. Pâtes, pizza, risotto font partie du quotidien. Mais côté dessert, la diversité s'arrête souvent brusquement. Pour les foodies curieux, il existe donc un vide naturel à combler : retrouver quelque chose de familier tout en découvrant autre chose. C'est précisément là que Ciro s'installe.
Pour Bordeaux, cette offre représente aussi un contrepoint bienvenu à la très forte tradition pâtissière française. Macarons, éclairs et tartes restent ce qu'ils sont. « Caterina » les complète avec d'autres textures et d'autres saveurs : l'intensité huileuse des pistaches grillées, la légèreté sucrée du maritozzo, ou l'alliance croustillante et crémeuse d'un cannolo bien exécuté.
Comment « Caterina » se distingue des dessert bars classiques
Un parti pris assumé plutôt qu'une carte XXL
La plupart des concepts de desserts misent sur des cartes démesurées : donuts, brownies, gaufres, coupes glacées. « Caterina » fait exactement l'inverse — peu de produits, mais une origine claire et une exigence artisanale affirmée. Cette approche réduit le risque de se disperser et facilite l'approvisionnement en ingrédients de qualité, notamment les pistaches importées.
Les grandes différences entre un dessert bar ordinaire et la pâtisserie « Caterina » s'organisent ainsi :
| Dessert bar classique | Pâtisserie « Caterina » |
|---|---|
| Carte très large, nombreuses tendances du moment | Sélection resserrée, uniquement des classiques italiens et leurs variantes |
| Fort accent sur le visuel et les toppings | Priorité donnée aux textures, aux arômes et à la tradition des recettes |
| Souvent semi-industrialisé, recours aux semi-préparations | Exigence du 100 % fait maison, fabrication entièrement artisanale |
| Styles de desserts mélangés, sans identité forte | Origine régionale claire : l'Italie, avec un ancrage fort dans le sud du pays |
Pour Bordeaux, cela représente également une forme d'éducation culinaire douce : beaucoup de clients entendent les mots « zeppola » ou « maritozzo » pour la première fois et commencent à les associer à l'Italie, tout comme cela s'est passé autrefois avec le tiramisu ou la panna cotta.
Ce que les professionnels de la restauration peuvent retenir de ce concept
La démarche de « Caterina » offre aussi des pistes concrètes pour les restaurateurs et pâtissiers qui réfléchissent à un nouveau projet. Dans des villes comme Paris, Lyon ou Marseille, la cuisine italienne cartonne, mais les cartes de desserts restent souvent interchangeables. Voici ce que l'approche de Ciro peut inspirer :
- Un positionnement plus affûté : un thème précis — ici « uniquement de la pâtisserie italienne » — marque davantage les esprits qu'un concept hybride sans colonne vertébrale.
- L'artisanat comme argument de vente : le « 100 % fait maison » fonctionne réellement, à condition que les clients le ressentent dans chaque bouchée.
- Une spécialisation régionale : se concentrer sur une région précise d'Italie, la Sicile ou la Vénétie par exemple, peut apporter encore plus de profondeur et de cohérence.
- Les réseaux sociaux comme levier : des collaborations avec des comptes locaux influents, comme ce fut le cas avec @quoifaireabordeaux, génèrent de la visibilité sans nécessiter de grands budgets publicitaires.
Tout projet similaire devra cependant intégrer certains risques. Les fruits secs importés, les produits laitiers haut de gamme et le travail manuel minutieux se répercutent inévitablement sur les prix. Dans un contexte de hausse des coûts alimentaires, cela peut peser sur les marges. Et les clients réagissent avec sensibilité quand les portions rétrécissent ou que les recettes se simplifient.
Une piste viable consiste à faire comme Ciro : proposer un équilibre entre produits connus et découvertes. Le tiramisu classique attire les passants, suffisamment curieux pour revenir une deuxième fois et oser les cannoli ou le maritozzo. C'est ainsi que se constitue progressivement une clientèle fidèle, qui ne vient pas uniquement pour surfer sur un buzz viral.
Pour les voyageurs gourmands, Bordeaux s'enrichit donc d'une adresse supplémentaire à ne pas rater : entre les bars à vins, les canelés et les huîtres du bassin, une boutique propose désormais de voir l'Italie sous l'angle des desserts — et rappelle au passage que le tiramisu, aussi délicieux soit-il, est loin d'être toute la storia.













