Un rituel quotidien remis en question
Beaucoup considèrent le thé et les infusions comme un geste santé incontournable. Pourtant, une analyse récente vient bousculer cette conviction bien ancrée. Sur une cinquantaine de variétés passées au crible en laboratoire, les experts ont découvert non seulement des pesticides, mais aussi des corps étrangers totalement inattendus. Ce qui ressemble à du bien-être peut, dans certains cas, cacher un cocktail de substances indésirables.
Comment ce scandale du thé a-t-il éclaté ?
Le thé jouit depuis des années d'une excellente réputation scientifique, notamment pour ses effets protecteurs sur le cœur, les vaisseaux sanguins et le métabolisme. C'est précisément pour cette raison que 60 Millions de consommateurs a décidé de soumettre une cinquantaine de produits achetés en supermarchés et hard-discounters à des analyses poussées. L'étude a porté sur des thés noirs, des thés verts, des infusions à la menthe et des mélanges « détox » très populaires.
Bien que ces résultats datent de 2022, ils retrouvent une actualité brûlante : la plupart des marques épinglées occupent toujours les rayons. Les analyses ont révélé que la grande majorité des thés conventionnels contient des quantités mesurables de produits phytosanitaires, parfois associés à d'autres contaminants.
Une simple tasse de thé peut simultanément apporter des antioxydants, des pesticides et de minuscules corps étrangers — un mélange pour le moins contradictoire.
D'où viennent ces substances problématiques ?
La grande majorité du thé consommé en Europe provient d'Inde, de Chine ou du Sri Lanka. Sur ces plantations, l'utilisation intensive de fongicides et d'insecticides est courante pour lutter contre les champignons et les parasites. Contrairement à la salade ou à d'autres végétaux, les feuilles de thé ne sont pas lavées après la récolte : elles sont directement séchées puis transformées.
Les résidus restent donc souvent accrochés aux feuilles. L'enquête de 60 Millions de consommateurs montre que les thés noirs et verts sont particulièrement touchés. Certains échantillons respectaient certes les limites légales fixée substance par substance, mais la combinaison de plusieurs molécules actives atteignait des niveaux jugés préoccupants par les spécialistes.
Glyphosate et autres substances interdites au fond de la tasse
La découverte la plus explosive de l'étude concerne un thé vert détox de la marque Lipton, dans lequel le laboratoire a détecté du glyphosate — un herbicide dont l'usage est interdit en France pour ce type d'application. Trouver cet herbicide dans un produit vendu sous l'argument de « détoxification » représente une ironie particulièrement saisissante.
D'autres marques connues et marques de distributeurs ont également été pointées du doigt, notamment des produits de :
- Auchan
- Lidl
- Super U
- Twinings
- Cortterley (Intermarché)
- Britley (Leclerc)
Les infusions à la menthe et les thés noirs de ces enseignes présentaient également des résidus préoccupants. Le problème pour le consommateur : les emballages mentionnent généralement « issus de cultures contrôlées », sans aucune indication précise sur les pesticides utilisés.
Corps étrangers dans les sachets : ce qui flotte dans votre thé
En plus des pesticides, les analyses ont mis au jour d'autres découvertes peu appétissantes. Certains sachets contenaient de petits fragments de plastique, des cailloux, des poils de rongeurs et des débris d'insectes. Ces contaminations ne représentent pas systématiquement un risque sanitaire grave, mais elles témoignent de défaillances réelles dans les étapes de récolte, de séchage et de conditionnement.
Les infusions à la verveine se sont distinguées de façon surprenante : bien qu'elles contiennent nettement moins de pesticides que les thés noirs et verts, elles étaient bien plus souvent contaminées par des corps étrangers. Les plantes séchées semblent faire l'objet d'un tri moins rigoureux lors de la fabrication.
Boire de la verveine, c'est souvent avaler moins de produits chimiques — mais accepter davantage de risques de trouver des débris et des résidus animaux dans son sachet.
Les produits à éviter de consommer régulièrement
Les enquêteurs français déconseillent clairement la consommation régulière de certains produits spécifiques. Parmi les références les plus problématiques figurent notamment :
- « Nuit Douce » (thé du soir) de Lidl
- « Breakfast Tea » d'Auchan
Ces produits se distinguaient soit par des niveaux élevés de résidus, soit par la présence simultanée de plusieurs substances problématiques. Ces expositions combinées inquiètent de plus en plus les toxicologues, car les données sur les effets à long terme de ces cocktails de molécules restent très limitées.
Le bio est-il automatiquement plus sûr ?
À la lecture des résultats, les thés biologiques s'en sortent nettement mieux. La certification bio limite ou interdit l'emploi de pesticides de synthèse, ce que confirment les valeurs obtenues en laboratoire. Tous les produits bio n'étaient pas totalement exempts de résidus, mais les concentrations mesurées restaient généralement bien inférieures à celles des produits conventionnels.
| Type de thé | Charge en pesticides (tendance) | Risque de corps étrangers (tendance) |
|---|---|---|
| Thé noir/vert conventionnel | Élevée | Moyenne |
| Infusion à la menthe conventionnelle | Moyenne à élevée | Moyenne |
| Infusion à la verveine conventionnelle | Faible | Élevée |
| Thé bio (vrac ou sachet) | Faible | Faible à moyenne |
Les associations de consommateurs recommandent de privilégier le thé en vrac, issu de marques reconnues ou labellisées bio. Le thé en vrac passe généralement par des contrôles qualité plus stricts que les sachets d'entrée de gamme, et provient plus souvent de plantations appliquant des standards plus exigeants.
Quelle quantité de thé reste-t-il raisonnable de boire ?
Malgré toutes ces réserves, le thé demeure une boisson intéressante — à condition de bien choisir et de ne pas abuser. Ses polyphénols, ces composés végétaux aux propriétés antioxydantes, sont associés à des effets bénéfiques sur la tension artérielle, la glycémie et la santé cardiovasculaire selon plusieurs études.
Les professionnels de santé considèrent que trois à cinq tasses par jour, soit environ un litre, constituent une consommation raisonnable. Au-delà, selon les variétés, on peut ressentir nervosité, palpitations ou troubles du sommeil, principalement en raison de la caféine présente dans les thés noirs et verts.
Pour les infusions, les recommandations sont similaires. Elles ne contiennent certes pas de caféine, mais certaines plantes exercent une action marquée sur la circulation, le foie ou les reins. Les sportifs de haut niveau atteignent parfois deux litres quotidiens ; dans ce cas, la qualité et la teneur en résidus méritent une attention toute particulière.
Conseils pratiques pour consommer du thé en toute sérénité
Lors de l'achat
- Privilégiez les labels bio ou Fairtrade, surtout pour les thés noirs et verts.
- Optez plutôt pour du thé en vrac que pour des sachets bon marché.
- Variez les marques au lieu de consommer la même variété pendant des mois.
- Méfiez-vous des grands formats à prix cassés arborant des promesses « détox ».
Lors de la préparation
- Utilisez une eau fraîche et peu calcaire pour mieux maîtriser l'extraction.
- Respectez le temps d'infusion recommandé afin de ne pas accentuer l'amertume ni la teneur en caféine.
- Pour les variétés potentiellement plus chargées, préférez une eau légèrement moins chaude, ce qui limite la dissolution de certains résidus.
Une tasse « contaminée » est-elle vraiment dangereuse ?
Beaucoup se demandent si un produit dont les résidus dépassent les seuils signifie que chaque tasse est nocive. La réalité est plus nuancée. Le risque dépend de la dose ingérée, de la fréquence de consommation et de la sensibilité individuelle. Une tasse occasionnelle tirée d'un sachet problématique ne provoque pas d'intoxication aiguë.
La situation devient préoccupante lorsqu'une personne boit quotidiennement, pendant des années, plusieurs tasses du même produit contaminé. Les petites doses s'accumulent alors progressivement. Les enfants, les femmes enceintes et les personnes souffrant d'affections hépatiques ou rénales sont particulièrement vulnérables, car leur organisme élimine moins efficacement ces substances.
Le véritable danger ne réside pas dans la tasse du dimanche, mais dans l'exposition silencieuse et quotidienne à de petites doses répétées.
Ce que signifie vraiment le « cocktail de pesticides »
Les laboratoires ont fréquemment détecté non pas une seule molécule, mais plusieurs substances actives simultanément. Or, les valeurs limites légales sont définies substance par substance. Dans la réalité, plusieurs molécules se retrouvent ensemble dans l'organisme : les spécialistes parlent alors d'« effets cocktail ».
Pour de nombreuses combinaisons, les études à long terme font encore cruellement défaut. Certains pesticides imitent le fonctionnement des hormones, d'autres s'attaquent au système nerveux. Quand ces substances se rencontrent dans le corps, leurs effets peuvent se potentialiser mutuellement. C'est pourquoi les associations de consommateurs réclament des limites plus strictes et des contrôles renforcés, en particulier pour les produits consommés régulièrement par les enfants et les femmes enceintes.
Ce que les amateurs de thé peuvent faire dès maintenant
Il n'est pas nécessaire de renoncer à sa tasse quotidienne. L'essentiel est de diversifier ses choix de façon réfléchie. Un scénario possible : un thé vert de qualité en vrac le matin, une infusion bio l'après-midi, et peut-être une verveine d'origine contrôlée en soirée — plutôt que de consommer le même thé noir de discounter toute la journée.
S'accorder quelques jours de pause peut également contribuer à réduire la charge globale, notamment pour les grands consommateurs. Il vaut aussi la peine de jeter un œil sur les autres sources de pesticides du quotidien : privilégier des aliments non traités ou soigneusement lavés, limiter les plats transformés et cuisiner davantage soi-même.
En cas de doute, changer régulièrement de marque, consulter les résultats publiés par les magazines de consommateurs et se renseigner auprès de revendeurs spécialisés sont de bonnes habitudes à adopter. Le thé reste alors un plaisir aux nombreuses vertus — avec beaucoup moins d'indésirables au fond de la tasse.













