Des rochers de 10 000 kilos qui bougent sur Mars — et ce n'est pas de l'eau qui en est responsable
Des blocs de roche pesant jusqu'à 10 000 kilos qui se déplacent, des sillons ressemblant étrangement à des lits de rivières asséchées… et tout ça, non pas sur Terre, mais sur Mars. Pendant des années, les scientifiques se sont interrogés sur ce mystère fascinant. S'agit-il d'une preuve de la présence d'eau sur la planète rouge ? Cela pourrait-il signifier qu'une vie extraterrestre y est possible ?
Probablement pas. Car l'eau sur Mars ne fonctionne tout simplement pas comme sur notre planète.
Des coulées de boue propulsées par le CO2
Alors, comment ces sillons similaires à des rivières se sont-ils formés ? La géoscientifique Lonneke Roelofs, de l'Université d'Utrecht, s'est penchée sur la question en reproduisant des coulées de boue en laboratoire. Sa conclusion est surprenante : ce ne sont pas des flux d'eau qui ont déplacé ces énormes rochers, mais bien du CO2.
Ce gaz, présent en abondance dans l'atmosphère martienne, joue un rôle moteur inattendu dans ces phénomènes géologiques spectaculaires.
La comparaison avec Death Valley : une erreur fréquente
Après la présentation de ses travaux, Lonneke Roelofs a constaté que beaucoup de personnes faisaient spontanément le lien avec les fameux rochers glissants des plaines salées, comme ceux de Death Valley en Californie. Mais cette comparaison est trompeuse.
"Ce processus est totalement différent, explique-t-elle. Les pierres de Death Valley se déplacent de façon extrêmement lente, bien plus lentement que les coulées de boue sur les pentes martiennes."
Des photos espacées de plusieurs années : attention aux interprétations hâtives
Un autre point mérite d'être clarifié. Les images de ces rochers déplacés sur Mars ne sont pas prises en continu — il peut s'écouler plusieurs années entre deux clichés. Comparer deux photos séparées par trois ans ne signifie pas que le déplacement a duré trois ans.
"En réalité, une coulée de boue peut se produire en un instant durant cet intervalle et déplacer un rocher de 100 mètres. Ces coulées descendent les pentes à plusieurs mètres par seconde. Nous ne voyons le résultat que lorsqu'une nouvelle photo est prise, parfois des années plus tard", précise la chercheuse.
Et la wind dans tout ça ? Une piste rapidement écartée
Certains observateurs ont suggéré que le vent martien pourrait être responsable du déplacement de ces blocs. D'autres ont aussitôt objecté que l'atmosphère de Mars est bien trop ténue pour exercer une telle force.
"Il existe bien un transport de sable par le vent, comparable à ce qu'on observe dans nos dunes terrestres, mais cela ne génère pas de coulées de boue, répond Lonneke Roelofs. Et les rochers concernés sont tout simplement trop volumineux pour être déplacés par le vent."
Mars avait autrefois de l'eau — mais plus maintenant
Il est important de rappeler un fait essentiel : Mars possédait de l'eau liquide dans un passé lointain, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ce qu'il en reste existe désormais sous forme de glace. Les sillons observés à la surface ne sont donc pas le signe d'une activité hydraulique actuelle.
Une recherche peu coûteuse, mais à fort impact scientifique
Face à la question "à quoi ça sert ?", la réponse de la chercheuse est convaincante. "Comparée aux grandes missions spatiales, notre approche permet d'apprendre énormément avec seulement quelques milliers d'euros. C'est bien moins cher que d'envoyer du matériel dans l'espace", souligne-t-elle.
Mieux encore, ces expériences de laboratoire s'appuient sur les données collectées par ces missions coûteuses — et contribuent à les rendre plus utiles et mieux exploitables. Un investissement modeste pour une contribution scientifique considérable.













